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Aventures rhubarbaresques

Je ne sais pas vous mais moi, je n’ai pas de chance avec la rhubarbe. Je l’aime pourtant, et même beaucoup, mais on dirait qu’elle me résiste, qu’elle ne souhaite pas s’installer dans mon jardin.

Jacques a acheté au moins deux pieds en jardinerie qui n’ont rien donné. Bon, il est vrai qu’ils ont été déplacés, ce que les plantes aiment rarement. J’en ai semé aussi : même échec (le soleil de la fin mars a complètement grillé mes plants). Le pire dans tout ça, c’est quand même qu’on entend et lit partout que faire pousser de la rhubarbe, c’est très facile. Ouaips, peut-être, mais pas chez moi…

Je profite donc d’un petit séjour en baie de Somme pour me rendre à la mecque de la rhubarbe : au Domaine de la Source, près d’Abbeville. Mathieu Vermes n’a pas de boutique, il vend ses pieds de rhubarbe sur Internet, mais j’ai réussi à le voir sur place.

Les serres de Mathieu Vermes à Saint-Riquier (80), rue des Fossés

Il possède 100 variétés de rhubarbes différentes. Il en cultive sur deux hectares. C’est la pleine saison : il en a 10 tonnes devant lui, à ramasser à la main, bien sûr…

Champ de rhubarbe

J’ai pu choisir en fonction de ses conseils. Moi c’est bien simple, je voulais de la rhubarbe tout le temps, le plus longtemps possible et en grande quantité ! J’ai donc acheté un pied de :

  • Grande Mums : très productive et très rustique, idéale pour les tartes.
  • Frambozen Root : « impressionnante de par sa qualité gustative. Elle est atypique car sa chair est rosée. Vous pourrez la cueillir de mi-mai à fin septembre. Elle est très propice au vin et à la confection de tartes« .
  • Valentine : de chair rouge, elle est moins productive, mais très recherchée. Le pâtissier de l’hôtel Crillon se fournit chez Mathieu Vermes : ça c’est vraiment une bonne référence…
  • Mira : variété à tiges vertes, acidulée, adaptée pour les tartes.

Et il m’a donné un plant de Mikoot : « variété très vigoureuse. Certainement la plus rustique, elle possède des tiges vertes et rouges mais détient une chair verte. Ses atouts sont indéniables puisqu’elle est extrêmement précoce et généreuse. Elle pourra vous réserver 5 récoltes dans la même année« .

Les pieds de rhubarbe dans cette mecque coûtent cher : 18 euros le pot de 4 litres, 13 euros celui d’un litre. J’ai cassé ma tirelire. Je planterai seulement un ou deux pieds dans notre jardin de Blois car je ne souhaite pas rester dans cette maison. J’en planterai trois en Bretagne, chez la maman de Jacques, où se dessine de plus en plus clairement notre projet de future maison…

Conseils pour les pas doués comme moi qui n’arrivent à rien ou pas grand-chose en matière de rhubarbe :

  • amender la terre avec du fumier bien décomposé à l’automne ;
  • ne pas pailler en hiver (la rhubarbe aime le froid) ;
  • pailler dès le mois d’avril ;
  • ne pas récolter en taillant les tiges avec un couteau mais en les tournant pour les cueillir ;
  • ne pas diviser les pieds avant 6 ou 7 ans.
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Récolte de pommes de terre nouvelles

Souvenez-vous : j’ai mis des pommes de terre à germer début février (des Charlotte), puis je les ai plantées le 27 mars dernier. Je les ai butées début mai (en ajoutant un peu de terre et d’herbe tondue au pied). Aujourd’hui, 70 jours après la plantation, je peux commencer à récolter des pommes de terre nouvelles. Elles ne sont pas en fleur, ce n’est pas le cas de toutes les variétés, mais c’est quand même le bon moment.

Alors voilà, c’est vraiment réjouissant d’écarter les feuilles, les tiges et de gratouiller doucement la terre en espérant voir apparaitre quelque chose… Moi, c’est la première fois que je plante des pommes de terre alors c’est tout juste si je n’avais pas le coeur battant à tout rompre ! Surtout que le mois de mai pourri et les limaces ont détruit à peu près 80% de mes plants tant choyés…

Je ne sais pas ce que la suite nous réserve mais voilà : 1, 056 kg de pommes de terre ! Vive moi !!

Première récolte de pommes de terre

Je classe donc les pommes de terre dans le camp des réussites avec les radis (oui d’accord, il est difficile de rater les radis, mais on a les victoires qu’on peut…).

Mais le camp des échecs s’est considérablement agrandi en mai. Nous n’aurons pas d’aubergines, ni de poivrons. Probablement pas de patates douces (sorties trop tôt et mangées par les limaces) ni de concombres. J’ai resemé des courgettes, un peu désespérée tout de même… donc ces pommes de terre me réjouissent au plus haut point.

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Manger des pousses de bambou

Petit séjour en Bretagne nord chez la maman de Jacques où pousse une bambouseraie. Plantés il y a plusieurs décennies, les bambous se portent très bien au pied d’un petit ruisseau, dans un lieu globalement humide.

Certes ils sont beaux, imposants et le vent dans les cannes produit un son très agréable. Nous en avons d’ailleurs pris quelques plants et les avons importés dans notre jardin de Blois afin qu’ils nous préservent (un peu) du fichu chemin piéton. Ces bambous poussent trèèèèèès vite : d’un jour à l’autre, on mesure leur croissance à l’oeil nu. Ils ne cessent d’avancer, car ce sont des bambous traçants qui se multiplient par rhizome. Ils sont magnifiques mais envahissants.

Si donc vous avez de ces bambous traçants que rien n’arrête et que vous souhaitez limiter leur avancée vous pouvez les manger. Car les pousses de bambou sont vraiment excellentes et une fois coupées, elles ne repoussent pas.

Pour manger les pousses de bambou, il faut les faire cuire. Crues elles sont toxiques et leur amertume est dissuasive. Pour en savoir plus sur leur toxicité (le bambou contient des glucosides cyanogènes), lisez cet article. Cuits, il n’y a rien à craindre, les Asiatiques en mangent depuis des millénaires et ils ne sont pas tous morts.

Allez aux bambous comme d’autres vont aux champignons. Choisissez des pousses hautes d’environ 30 à 50 centimètres pour qu’à l’intérieur il y ait cette délicieuse chair blanche. Plus petits, les turions ne sont que feuilles immangeables et plus grands, ils sont trop durs. Ils ne sont parfois pas faciles à couper.

Il faut ensuite enlever la gaine de feuilles dures qui le resteront même après cuisson. Il ne doit rester que la chair blanche. Vous les lavez puis les plongez dans une casserole d’eau sucrée pendant 45 à 60 minutes. Ils seront prêts quand ils seront encore un peu croquants.

Nous les avons mangés froids, en vinaigrette : c’est vraiment très bon !

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Connaissez-vous la balbucam ?

La balbucam a été installée en 2016 en forêt d’Orléans. Elle filme en direct 12 heures sur 24 la vie d’un couple, puis d’une famille de balbuzards pêcheurs. Elle est accrochée à une aire de reproduction artificielle en place depuis 2006. La saison 5 de la balbucam était aussi celle du printemps du confinement : 120 000 visiteurs !

Le repas des petits balbuzards

La famille 2021 s’est agrandie à la mi-mai : trois oisillons sont nés et ils grandissent à vue d’oeil. Dans deux mois, il sera impossible (pour moi en tout cas) de les distinguer de leurs parents, c’est incroyable. Les spécialistes disent qu’il s’agit du même couple que l’an passé (ils sont bagués). En tout cas, ils sont revenus et c’est formidable, et ce malgré la trouée en forêt d’Orléans (pour une une déviation de plus).

Donc à l’heure qu’il est, vous avez raté la couvée et surtout les naissances. Mais vous pouvez encore suivre ces magnifiques oiseaux qui veillent sur leurs petits afamés. Ils leur apportent à manger de gros poissons bien frais (les balbuzards pêcheurs ne mangent que ça), les protègent de la pluie (deux oisillons sont morts une année sous un déluge de pluie).

Papa et maman Balbuzards améliorent le nid de leurs trois petits

Bientôt, les petits seront capables de se déplacer dans le nid et de s’approcher trèèèèès près du bord : gros suspens à chaque fois, quasi intenable, mieux que Netflix ! Puis ils apprendront à voler. Alors franchement, ne ratez pas cette saison 6 : c’est la nature qui s’offre à vous en direct !

Voir la Balbucam en direct et voir le site Loire et Biodiversité.

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Fabriquer des oyas pour l’arrosage

En même temps que vos plants de légumes, plantez aussi des oyas (ou ollas). Ces poteries d’irrigation prendront soin de vos tomates, melons, poivrons et autres plantations estivales si vous partez (un peu) en vacances.

Les oyas sont une technique d’arrosage très ancienne. Les Chinois la pratiquent depuis des millénaires. Elle consiste à enterrer des poteries de terre cuite au potager et à les remplir d’eau. Ni peintes ni vernies, elles sont poreuses et laissent suinter l’eau lentement. Elles dispensent d’arroser pendant plusieurs jours. Si votre potager est par ailleurs bien paillé, il pourra ainsi supporter une absence prolongée d’arrosage.

De plus, il s’agit d’une méthode d’arrosage racinaire qui ne mouille donc pas les feuilles et évite ainsi les maladies cryptogamiques (causées par des champignons). Elle permet d’économiser jusqu’à 50% d’eau et de limiter les adventices (ou mauvaises herbes).

On peut bien sûr acheter des oyas. Mais on peut aussi les fabriquer, c’est très simple. Il faut deux pots en terre que vous collerez l’un sur l’autre pour former une jarre.

Première étape : trouver des pots en terre cuite. Les miens ont un peu vécu et nécessitent un bon coup de brosse métallique. Il vous faut aussi des petits éclats de pots ou de tuiles pour boucher le fond de votre oya.

Il vous faut ensuite de la colle. Certains préconisent du silicone, c’est-à-dire du plastique, pas moi. Choisissez du mortier colle (à l’origine pour coller de la brique monomur), c’est très efficace. Plongez d’abord vos pots dans l’eau pour qu’ils soient imbibés. Ceci afin d’augmenter l’adhérence du mortier colle. Puis plongez tout simplement le haut de votre pot dans votre colle puis vous le posez à côté : c’est la partie inférieure de votre oya donc vous collez de quoi boucher le trou du fond (un morceau de tuile par exemple) et vous posez l’autre pot dessus. Soit ils sont de même diamètre, soit l’un est plus petit que l’autre et vient s’incruster dans le grand. Dans tous les cas, il y a des espaces car les pots sont loin d’être absolument sphériques. Bouchez-les tous avec le mortier colle.

Et voila : vous laissez sécher au moins une journée et votre oya est prête à être enterrée au jardin, tout prêt de vos précieux plants. En cette mi-mai très pluvieuse, pas besoin d’arroser mais quand viendront les chaleurs, il n’y aura plus qu’à remplir les oyas par le trou qui affleure. Une fois l’oya pleine, posez quelque chose sur le trou affleurant pour éviter que l’eau ne s’évapore par là.

Plus les oyas sont grosses, plus elles contiennent d’eau et diffusent longtemps, mais plus elles prennent de place au potager !

Oya au milieu des tomates, pastèques, melons, poivrons…

Dans cette vidéo, ils font à peu près comme moi, sans silicone mais avec de la colle à carrelage. Dans cette autre vidéo, Xavier Matthias de la ferme de Chédigny en Touraine explique les mérites des oyas et présente celles du potier à l’ancienne Laurent Jammet.

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Oeufs au vinaigre pimenté

Si vous avez trop d’oeufs ou juste envie de changer de façon de les accommoder, voici une recette qui change un peu de nos habitudes. Ce sont des pickles, britanniques à l’origine je pense. Il s’agit de conserver longtemps les aliments en les imergeant dans du vinaigre.

Voici les ingrédients nécessaires mais adaptables à votre goût en matière de condiments :

Des oeufs, du vinaigre, du sucre, du sel, des oignons, du piment frais, du poivre en grain et de l’eau

Etape 1

Stérilisez vos bocaux et leurs joints (dix minutes dans une grande marmite d’eau bouillante) et faites cuire vos oeufs durs (plongez-les dans une casserole d’eau froide, faites bouillir dix minutes).

Pendant ce temps, épluchez oignons et piments (attention cependant, voir étape 6).

Etape 2

De loin la plus casse-pied : écalez les oeufs durs après les avoir refroidis.

Etape 3

Faites chauffer 1 dose de vinaigre et 1 dose d’eau. Pour 10 oeufs, soit deux bocaux moyens, j’ai mis 1/2 litre de chaque. Le vinaigre est du vinaigre de bière, fait maison : c’est quand Jacques rate la bière, mais ce n’est pas souvent 🙂 Je vous propose aussi une recette de vinaigre de pommes.

Ajoutez une cuillère à soupe de sel et deux cuillères à soupe de sucre.

Etape 4

Placez les oeufs dans le bocal ainsi que tous les ingrédients. Puis recouvrez du mélange bouillant vinaigre + eau. Fermez vos bocaux.

Etape 5

Stérilisez vos bocaux si vous désirez les garder longtemps. Je ne résite pas à vous montrer mon stérilisateur que j’aime tant : un cuisor qui bénéficie de la technologie des années 60 ! Je vous l’ai déjà présenté dans cet article. Sachez que grâce à cet objet extraordinaire et révolutionnaire, la stérilisation de mes deux bocaux prend 5 minutes. Oui messieurs dames, cinq minutes. Et ensuite, c’est beau !

Mon stérilisateur dernier cri

Etape 6

Dans le but de ne rien gâcher, j’ai récupéré les graines de piment pour les semer l’an prochain (piments et poivrons, c’est trop tard pour cette année si ce n’est pas encore fait). J’ai acheté au marché deux petits piments au monsieur des îles qui vend aussi des acras et des bananes plantains. Il m’a dit : ce qui pique, ce sont les graines. Bien monsieur, merci. En fait, pas que… Jacques a juste posé sa langue sur un tout petit morceau de piment et il est devenu de la même couleur. Moi, après m’être lavé les mains, j’ai touché ma joue : elle est restée rouge et irritante une bonne partie de l’après midi. Du coup, je crois que j’ai un peu forcé sur la dose de piment dans mes oeufs au vinaigre…

Etape 7

Je n’ai heureusement pas mis les deux piments dans les bocaux, il m’en restait donc un peu. Et hop, le reste des piments dans une petite bouteille que je remplis d’huile d’olive : et voilà de l’huile pimentée qui va nous faire décoller !

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Petit manuel de résistance contemporaine. Cyril Dion

Concernant l’état de la planète et surtout de notre environnement quotidien, il y a une question que je me pose : pourquoi, surinformés que nous sommes, ne se passe-t-il rien ? Pourquoi les conséquences connues de tous de la pollution, de l’élevage industriel, de l’industrie agro-alimentaire, des déchets mobilisent-elles si peu de gens ? Tout le monde sait mais quasi personne ne fait rien à part râler contre les étés trop chauds, les hivers trop doux, y’a plus de saisons…

Les gens regardent un documentaire sur l’urgence de ralentir puis s’en retournent faire leurs courses au supermarché, acheter des produits bas de gamme parce qu’ils ne sont pas chers (mais dépenser toujours plus dans des abonnements qui les rivent à leurs écrans), salir le monde par leurs emballages, leurs déplacements, leur consommation irresponsable. Pourquoi leur cerveau ne fait-il pas le lien ? Pourquoi ce déni ?

Si on ne change pas, c’est que le changement semble impossible. Nous sommes conditionnés par ce que Cyril Dion dans son Petit traité de résistance contemporaine appelle un récit. Nous vivons tous aujourd’hui dans une société construite sur la croissance. Depuis les années 50, nous évoluons dans une société qui nous dit que pour être heureux il faut consommer, il acheter, il faut avoir. C’est un schéma inconscient qui ancre nos habitudes. On ne fait pas autrement car on a toujours fait comme ça, nos parents avant nous. C’est notre mode de penser, notre histoire notre récit :

Aujourd’hui, c’est aux flancs de cet écrasant récit, fait de prouesses technologiques, de vacances sur des plages paradisiaques, d’écrans plats, de smartphones, de filles à moitié nues, de voitures serpentant à flanc de montagne dans des décors de rêve, de livraisons en vingt-quatre heures sur Amazon… que nombre d’écologistes se heurtent.

Le récit écologiste, fait de renoncements et de sacrifices (être végétarien est un renoncement de chaque jour), se heurte à la vie de divertissements proposée par les écrans. Un garçon de 13 ans passe 6,71 heures par jour en moyenne devant un écran. Ainsi entretient-il la fiction du bonheur dans la consommation, sans même sans rendre compte. Le monde réel et ses contraintes sont mis à distance. Chacun peut oublier grâce à Youtube, Netflix, les chatons, le porno que le monde va mal et qu’on ne vivra jamais le mirage qui nous est proposé.

Oui, pour sortir le monde de la merde dans laquelle il se trouve, il faut renoncer au confort, au rapide, au facile. Et il faut comprendre qu’en renonçant à tout ça, on sera plus heureux, beaucoup plus heureux.

Comment faire passer ce message ? Ce que je crois, je l’ai lu dans ce livre de Cyril Dion : il faut montrer aux autres ce qui est possible. Faire autrement permet à tous de voir qu’il est possible de faire autrement, pas besoin de discours. Un jour, un collègue est arrivé avec un mug et il m’a dit : « finis les gobelets de café jetables ». Vous imaginez à quel point ça m’a fait plaisir. Évidemment, je hais les dosettes de café et je vais travailler avec ma thermos de café (que je transporte donc à bicyclette avec mes dossiers, mes cours, mon ordinateur et mon déjeuner : oui, tout est possible quand on le veut). Je le fais parce que je crois que c’est bien, que je me sens bien en le faisant et parce que je me dis que peut-être, certains me verront et se diront qu’ils peuvent le faire aussi.

La somme de ces choix établit notre propre récit, celui que nous proposons chaque jour aux personnes que nous croisons, que nous connaissons, qui partagent nos journées de travail, nos repas, nos soirées, notre maison, notre lit… L’une des choses qui ont le plus d’influence sur nos orientations personnelles ou professionnelles est le regard de notre entourage . Plus une pratique est communément admise, valorisée par notre milieu social, notre contexte socioprofessionnel, la société en général, plus nous avons tendance à l’adopter. Changer notre récit personnel [c’est-à-dire notre façon de vivre] est donc un acte de résistance particulièrement puissant. Il ouvre un espace dans lequel d’autres peuvent s’engouffrer et accorder leur récit à celui que nous avons créé. Il est plus facile à quelqu’un de dire qu’il ne mange pas de viande si deux personnes le disent aussi autour de la table d’un dîner

J’ai compris il y a peu que j’étais ce qu’on appelle une écologiste radicale. Je ne le savais pas parce que pour moi, les écolos radicaux sont des agités du bocal qui font chier tout le monde avec leur moraline. Moi je ne suis pas chiante, non messieurs dames, et je ne tiens aucun discours. Je ne critique personne, ne fais pas de remarques sur le comportement des gens autour de moi. Mais je fais les choses, les gens me voient et ils ne peuvent pas dire que c’est impossible. Je ne recycle pas ou peu car je ne fais pas ou peu de déchets (le recyclage donne bonne conscience aux gens, pour moi, c’est totalement contre productif) ; je n’achète quasi pas de neuf (j’achète d’occasion ou je fais réparer) ; je ne mange pas d’animaux ; je consomme peu d’eau ; j’achète local (pas forcément bio) et sans emballage et croyez bien que c’est très contraignant, très.

L’argument à la mode pour dédouaner tout un chacun des efforts qu’il pourrait faire (car oui, changer demande des efforts quotidiens) est d’affirmer que le problème ne vient pas des individus mais qu’il est systémique : ce sont les grandes entreprises qui polluent, l’agriculture qui pourrit la terre. C’est le discours véhiculé par Derrick Jensen dans son documentaire Oubliez les douches courtes. Mais : 

Si les grandes entreprises ou les collectivités polluent, gaspillent, détruisent, c’est dans l’objectif de produire des biens de consommation ou des services destinés à des individus. Si ces individus cessent d’acheter ces produits et ces services, ces activités ne pourront que se réduire. 

C’est exactement ce que disait Coluche : « Quand on pense qu’il suffirait que les gens arrêtent de les acheter pour que ça ne se vende plus, quelle misère ».

Comme Cyril Dion, je crois aux petites batailles qui amènent de petites victoires mais des avancées significatives pour tout un chacun. Les gens ne se mobilisent pas pour lutter contre le changement climatique : plus l’objectif est grand, plus il est décourageant. On sait mais on évite d’y penser car on se sent impuissant. Il faut voir grand oui, aussi grand que la planète, mais commencer petit.

La somme de petits défis réalisables vous conduira vers le changement. Vous, moi, nous, c’est-à-dire la société car une société est une somme d’individus. Si vous ne voulez plus d’Amazon alors ne commandez plus ; si vous ne voulez plus que des gens aient des boulots de merde alors ne commander plus via Uber Eats (c’est un exemple parmi d’autres de bullshits jobs). Dites non par des actes et arrêtez de vous plaindre du temps qu’il fait.

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Grelinette et vers de terre

C’est la grande préparation en ce début mai au jardin : la terre se prépare à accueillir mes plants. Enfin c’est plutôt moi qui la prépare. Pour ça, j’utilise enfin ma magnifique grelinette reçue en cadeau à Noël.

Elle s’enfonce gentiment dans le sol, j’appuie sans mal sur la barre horizontale et surtout, le deux manches permettent de bien la tenir et de ne pas se casser le dos. Je tire vers moi, je décompacte sans retourner, et voilà !

A chaque remontée de ladite grelinette dans les parcelles amendées à l’automne (fumier de cheval + paille), j’ai vu détaler de très nombreux vers de terre de toutes tailles. Ça grouille !

Il ne fait aucun doute qu’enrichir la terre d’éléments organiques favorise la vie du sol. J’espère que j’aurai de beaux légumes : plantations prévues la semaines prochaine.

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Annonce 3 : une merveille à Nouans

Puisque j’ai dû tirer un trait sur mon projet à Lignières, je recommence à passer un temps considérable en recherches immobilières. Dans la région, il n’y a pas assez de biens à vendre car les Parisiens, maudits soient-ils, achètent tout ! Eh oui, le grand effondrement approche chers amis, il faut vite se trouver un coin de verdure pour faire pousser des radis… ou une résidence secondaire en cas de énième confinement. Pour ma part, je voudrais juste une maison pour y habiter.

Je pensais chercher quelque chose de simple dans notre rural département mais pas du tout, c’est un mouton à cinq pattes :

  • (très) grand terrain ;
  • de la verdure, des arbres (pas une maison au milieu d’un champ) ;
  • pas de route passante ;
  • pas de mitoyenneté, des voisins le plus loin possible ;
  • pas de toiture à refaire (oui, j’apprends de mes erreurs…) ;
  • pas de pavillon ou de maison Phénix ;
  • 35 km de Blois maximum ;
  • petit budget (variable en fonction des travaux à faire).

Voilà l’idéal. Ce qui est le plus variable est la distance par rapport à Blois. Mais même avec ça, j’ai beau m’user les yeux sur le Bon Coin, Logic Immo, ParuVendu et autres jevoustrouveunlogementenunclic.com, il n’y a rien qui ressemble à ce que je cherche. Je le savais déjà il y a six mois avant de trouver Lignières (qui m’a été amené par une amie, pas par une agence, ni sur un site) et ça se confirme aujourd’hui encore. Mon budget est trop serré.

Alors hier soir, je suis restée en arrêt devant cette merveille (j’ai à peine quitté mon écran depuis, en sortant du lit, j’ai sauté dans mon jean et mon K Way pour aller visiter) :

Jolie longère d’environ 130 m² habitables. Construite dans un espace boisé, elle est proposée avec 7150 m² de terrain entouré de verdure qui offre de magnifiques vues sur la campagne. Située à proximité d’un bourg avec tous commerces, à seulement 19 kms du zoo de Beauval et 30 kms de Loches, elle est composée de quatre belles pièces au rez-de-chaussée, dont une avec cheminée et de trois pièces à l’étage. Cette maison propose de belles possibilités d’aménagement. La couverture a été refaite récemment, un début de rénovation a été entrepris, piquetage de pierres, isolation, certaines fenêtres changées…Belles tomettes, carrelage ciment…

Et tenez-vous bien : 84 000 €. Le hic, c’est qu’elle se trouve à une heure de Blois. C’est loin.

J’ai quand même aussitôt contacté Paola Lamour. Oui, vous lisez bien : l’agente immobilière est tout droit sortie d’un film noir des années 50 et elle va me négocier ça vite fait bien fait. Sauf que mon mail date d’hier soir, mon coup de téléphone de ce matin et que je n’ai pas de nouvelles de Paola Lamour. Pas la moindre visite en vue, j’ai fini par raccrocher mon K Way.

L’annonce pour cette maison date d’hier, ça ne m’étonnerait pas du tout qu’elle soit déjà vendue à un Parigot… Hum, va falloir que je me boive une petite tisane moi, avant de tomber dans l’anti-parisianisme primaire…

Edit, une heure plus tard :

Ayé, j’ai eu Paola au téléphone (punaise, je n’ai jamais su attendre plus d’une heure sans perdre patience…). Elle m’a confirmé la merveille qu’est cette maison : la pierre, les tomettes, les careaux de ciment, les grandes pièces. 5000 m² de terrain attenant en partie boisé avec point d’eau et 2000 m² un peu plus loin. Il n’y a pas de sanitaires, pas de douche, pas d’assainissement. Ben tant pis, on les installera. Voisin à 100 mètres. Le bourg pas loin avec même une quicaillerie (ça doit être la dernière de France !).

Au final, rendez-vous sur place lundi à 18 heures : j’ai hâte !

Edit du 18/05/21 :

Une bien belle maison dans un bel endroit, mais elle ne sera pas la mienne. Voici le bilan envoyé après visite à Paola, en commençant par ce qui me convient :

  • D’abord l’emplacement : la Touraine, la campagne, un bourg pas trop loin, des arbres, des voisins mais pas trop près. Ensuite le terrain : jardin, arbres et mare, c’est ce qu’il me faut. La maison elle-même aussi me convient en bien des points : les vieilles pierres, le gros œuvre en bon état, le vaste grenier où l’on peut se tenir debout largement. Le prix semble juste.
  • Ce qui ne me va pas : je trouve les pièces trop fermées, sans possibilités de leur donner une autre fonction que celle qu’elles ont déjà. Par exemple, on ne peut pas ajouter de chambre en bas. Deux chambres au total, c’est peu, d’autant plus qu’elles sont communicantes. Pas de dépendances non plus, c’est problématique. Avec mon conjoint, nous avons 6 enfants à nous deux, il nous faut une maison plus fonctionnelle, avec des pièces plus grandes en rez-de-chaussée par exemple (de type longère), ou des dépendances aménageables.

La recherche continue…

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Quelle est cette plante dans mon jardin ?

Après l’avoir reluqué bien des fois, j’ai enfin acquis le livre qu’il me faut pour reconnaître les plantes : Quelle est cette plante ? Fleurs sauvages, graminées, arbres et arbustes de Margot et Roland Spohn et Marianne Golte-Beehtle aux éditions Ulmer. Ce livre est épatant, il permet de reconnaître les fleurs d’abord par leur couleur : rouge, blanc, bleu, jaune ou vert, puis par leurs pétales. Aucune connaissance préalable n’est requise pour identifier les fleurs.

J’ai commencé par les petites fleurs qui poussent tranquillement dans mon jardin, sans qu’on les ait invitées et sans qu’on sache leur petit nom (en dehors des pissenlits et des paquerettes). C’est maintenant chose faite.

Voici la première, d’un joli violet :

Vesce à feuilles étroites

Le dessin de cette plante (chaque plante est illustrée par un dessin) correspond à ce que je vois, ainsi que la description :

  • fleurs rouges à symétrie bilatérale
  • hauteur 10 à 90 cm
  • floraison de mai à octobre
  • fleurs monochromes de 10 à 18 mm de long, violet intense tirant sur le rouge
  • présence d’une vrille terminale ramifiée
  • fleurs à l’aisselle des feuilles (oh la jolie expression !)

Pour la deuxième, il y a de nombreuses espèces, difficile de trancher. Moi qui n’aime pas les géraniums vomis par les bourgeoises jardinières, ceux-ci me plaisent. Je crois qu’il s’agit du géranium disséqué :

  • fleurs rouges à 5 pétales
  • floraison de mai à août
  • feuilles palmées, très découpées presque jusqu’à la base en 5 à 7 segments eux-mêmes découpés
Géranium disséqué

Oh la jolie fleur jaune cachée sous le noisetier ! On l’appelle herbe aux verrues car sa sève est préconisée pour les faire disparaître.

  • fleurs jaunes à 4 pétales de 1 cm environ
  • floraison d’avril à octobre
  • feuilles profondément découpées
  • habitat : jardins ensauvagés (entre autres) : ça c’est bien mon actuel jardin !
Grande chélidoine

Dans notre jardin, il y a un talus. Comme je vous le disais, ce jardin a été amputé d’un côté par la mairie de Blois pour y faire passer un chemin piéton (que mobylettes des gamins et motos de la police municipale empruntent aussi) et de l’autre par celui qui est en train d’y faire pousser sa fichue maison (j’ai du mal à rester polie…). Pour faire les travaux de ladite maison parfaitement moche, il a fallu déblayer, creuser, éventrer et nous voilà donc avec un talus. Maintenant que de l’herbe a poussé dessus, il nous cache un peu de cette horreur. Mais que dis-je de l’herbe ! C’est une graminée bien sûr qui est, je crois, du brome stérile :

  • inflorescence très aérienne, généralement retombante, réunissant des épillets à longues arêtes
  • pousse en touffes
  • de 30 à 80 cm
  • floraison de mai à septembre

J’aime beaucoup les reflets du soleil sur ces hautes herbes et leurs ondulations souples et bruissantes sous le vent. Quand il n’y a pas de gens qui hurlent dans leur téléphone ni de mobylette sur le chemin piéton, ou d’ouvriers à la tâche dans la maison en construction, on les entend bien et c’est reposant…

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Beignets de glycine

En ce mois d’avril, la glycine s’épanouit et réjouit notre odorat. J’en avais une dans mon jardin, celle qui déborde très largement du mur du voisin. Mais depuis que la mairie de Blois a décidé d’éventrer mon jardin pour y faire passer un chemin piéton, je ne l’ai plus. Je la vois et la sens encore cependant.

Alors pourquoi pas la manger, se dit la végétarienne…. Et c’est parti pour des beignets de glycine ! Cueillez, cueillez donc de belles grappes bien fleuries et n’hésitez pas sur la quantité car la glycine n’est pas aussi goûtue qu’odorante.

Mélangez 300 grammes de farine, 55 grammes de sucre, 2 œufs et 10 centilitres de lait. Cette pâte doit être bien lisse, aussi touillez jusqu’à faire disparaître les maudits grumeaux. Ajoutez les fleurs de glycine.

Certains y mettent la grappe entière, je préfère ne garder que les fleurs pour prélever ensuite des cuillerées de cette pâte fleurie que je dépose dans une poêle huilée. Ça s’étale un peu donc espacez les boules de pâte. Quelques minutes de chaque côté et voilà, c’est prêt ! On peut parsemer le tout d’un peu de sucre glace, c’est bon et c’est joli.

A lire, cet article qui m’a mis l’eau à la bouche.

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Echec de mon projet de maison

Voilà, c’est fini. Je vous ai parlé plusieurs fois de mon projet de maison à Lignières, en l’appelant « ma future maison autonome ». Oui mais voilà, les devis ont eu raison de moi. J’ai déjà montré des photos qui illustrent l’état déplorable de cette maison.

On pensait faire faire la charpente et la couverture parce qu’on ne s’y connaît pas et surtout parce qu’il faut du matériel spécifique. Il faut d’abord enlever les tuiles qui restent, on l’a fait pour les plus accessibles, mais les autres nécessitent un échafaudage, une sécurisation pour grimper sur le toit. Il faut ensuite enlever aussi le reste de la charpente en cours d’écroulement. Il faut pour ça un spécialiste équipé.

Avant de reconstruire la charpente, il faut reconstruire les murs qui s’écroulent, pour la poser dessus. Ça, on peut faire. Mais avant, il faut casser le mur pignon qui sépare les deux maisons qui sont mitoyennes. Il mesure au moins 50 centimètres de large. On pourrait le faire mais vu l’état de délabrement de la maison (la charpente qui s’écroule fragilise et entraîne les murs sur lesquels elle repose), casser le mur pourrait être fatal. Il faut donc poser trois fois deux IPN. Avec nos gros bras, on n’y arrivera pas…

Quand charpentier couvreur et maçon seront intervenus, j’en aurai pour 86 000 €. J’aurais un toit solide et des murs costauds, c’est tout. Et surtout plus d’argent. Je peux prétendre à diverses aides financières : celles de l’ANAH (25 000 €), de MaPrimRénov’, des Certificats d’ Économie Énergie. A ce stade, il me faut encore :

  • Chauffage : 28 000 €
  • Isolation étage : 20 000 €
  • Isolation RDC : 10 000 €
  • Portes et fenêtres : 15 000 €
  • Plomberie : 10 000 €
  • Électricité : 10 000 €

J’arrondis le tout et j’y ajoute les frais d’achat pour un total de 213 000 €. A ce tarif, je n’ai pas de plancher à l’étage, rien au sol au rez-de-chaussée, pas de cloisons, pas d’assainissement (phytoépuration), pas de panneaux photovoltaïques. La banque me prête 75 000 € et j’ai 30 000 € d’apport.

Notre projet est de faire beaucoup de choses par nous-mêmes car c’est la main d’oeuvre qui coûte le plus cher. Nous comptons récupérer des matériaux et remonter nos manches. Mais voilà, nous n’avons plus 20 ans mais plus de 100 à nous deux. Alors si le temps nous a permis d’acquérir une certaine expérience en matière de bricolage et d’organisation, il nous court maintenant après nous rappelant que l’immortalité n’est pas pour demain.

Donc voilà, j’aurais dû signer l’acte définitif ces jours-ci mais j’ai écrit au notaire pour lui dire que je n’achetais plus. Le premier propriétaire est prévenu aussi mais il ne m’a pas répondu. Il était bien sûr ravi de se débarrasser de sa ruine qu’il était prêt à me vendre 500 €. Il me reste à joindre Jean-Pierre pour lui dire que j’abandonne, il le sait quasi déjà.

Voilà. Au lieu d’un beau projet de maison, je n’ai plus rien. Et je dois vivre encore ici dans cette maison de Blois qui n’est pas à moi et que je n’aime pas. Je n’ai pas de lieu pour me retrouver, pas de lieu qui me ressemble. Et je sais pour avoir déjà passé des heures et des heures, des journées entières à chercher que la maison de mes rêves, aussi simple soit-elle, est un mouton à cinq pattes.

Et cette pauvre maison va continuer à tomber en ruine…