Non, les réseaux sociaux ne servent pas à relier les gens entre eux ni à se faire de nouveaux amis. Ça, c’était avant, au moment de leur émergence. Ils ont aujourd’hui colonisé la vie de milliards d’êtres humains, faisant d’eux des produits et avant tout des consommateurs. Il est question dans ce documentaire de la place des réseaux sociaux dans nos vies, de leur importance et de leur capacité à nous manipuler en tant qu’individus et donc à manipuler la société, les sociétés, le monde :comment le business model du toujours plus d’argent contrôle les utilisateurs pour les rendre dépendants et contents de l’être ? Les intervenants de Derrière nos écrans de fumée de Jeff Orlowski sont quasi tous des repentis des réseaux sociaux : anciens concepteurs, architectes de Twitter, Instagram et autres anciens chargés de produits, des petits génies qui ont inventé les like, les algorithmes, et qui aujourd’hui mesurent l’ampleur du désastre. Car les réseaux sociaux ne sont pas inoffensifs. Ce sont des outils de surveillance comportementale.

Google n’est pas qu’un moteur de recherche ; Facebook n’est plus juste un endroit où retrouver ses amis pour parler avec eux ; Youtube n’est pas une simple plateforme pour regarder des vidéos. Ces médias dits sociaux existent pour capter l’attention des individus, pour prendre leur temps et les garder captifs le plus longtemps afin de leur vendre des produits. Il faut donc garder l’utilisateur le plus longtemps possible sur son écran. Pour ça, il reçoit des notifications, des invitations, il est incité à regarder des vidéos qui à coup sûr vont lui plaire, il voit qu’un correspondant est en train de lui écrire (et donc attend sa réponse)…

Comment font-ils pour garder les utilisateurs derrière leurs écrans ? En analysant les données fournies par l’utilisateur lui-même à la plateforme, sa navigation et ses interactions (ses « J’aime », les personnes suivies, les commentaires…) mais aussi les cookies laissés sur son ordinateur et qui ne concernent pas les réseaux sociaux. Il faut aussi revenir et inciter ses amis à visiter la plateforme, puis générer de la publicité.

Les fausses informations se diffusent six fois plus vite que les vraies car elles sont souvent sensationnelles et donc se partagent mieux. Les réseaux sociaux exacerbent les rumeurs. Les algorithmes ne peuvent pas discerner le vrai du faux. Et au final les êtres humains non plus. Ce que proposent les maîtres de ces nouvelles technologies pour solutionner ces problèmes ? Encore plus de technologies, des intelligences artificielles qui n’auront pas non plus les moyens de distinguer le vrai du faux.

On a créé un monde où être connecté prévaut sur tous les autres moyens de communication. Ainsi, lorsque deux personnes communiquent via un réseau social, il y a en fait une troisième personne présente qui est là à surveiller afin d’intervenir sous forme de publicité. C’est le capitalisme de surveillance, celui qui fait du profit en traquant nos faits et gestes afin que les annonceurs fassent le plus de profit possible grâce à des données humaines. Les réseaux savent exactement qui sont les utilisateurs, où ils se trouvent, comment ils se sentent. Ils vendent ces données aux annonceurs et grâce à ce business, les patrons de Facebook, Google, Snapchat et autres sont devenus les dirigeants les plus riches du monde. Mais ils les utilisent également pour prédire nos actions, connaître les émotions auxquelles nous sommes le plus réceptifs et ainsi proposer toujours plus de contenu en accord avec les goûts des utilisateurs, des contenus qui lui conviennent, l’intéressent et le garder connecté, attentif à son écran. Mais déconnecté du monde réel, inattentif à son entourage : totalement zombifié.

Les réseaux sociaux sont une drogue dont il est difficile de se défaire. L’être humain a besoin d’être en lien avec ses semblables, celui déclenche une dose de dopamine. Les utilisateurs sont évalués avec des « J’aime », des pouces en l’air et c’est un système de valeurs qui devient la vérité. Cette évaluation permanente forge l’estime qu’on a de nous-mêmes. Être beau, efficace, semblable à un modèle devient la norme puis le but à atteindre pour être aimé.

Une génération entière, la génération Z qui a toujours connu les réseaux sociaux est plus fragile, plus anxieuse et plus dépressive. Son taux d’automutilation et de suicide est en constante augmentation.

Il s’agit de manipulation psychologique qui ne porte bien sûr pas ce nom car c’est effrayant. Les réseaux ne doivent pas être effrayants, au contraire, ils maintiennent l’utilisateur satisfait car il est conforté dans son point de vue. Il vit dans une bulle d’informations qui lui conviennent, il n’a de contact qu’avec des gens qui pensent comme lui. Les autres ont tort, les autres sont idiots, les autres sont dangereux, les autres sont mes ennemis. Il n’y a plus de dialogue possible, juste des affrontements. Il n’est plus nécessaire de se confronter à l’avis d’autrui qui a forcément tort. Il n’est plus nécessaire de comprendre l’autre, d’analyser sa pensée, voire même de l’écouter. Un changement graduel s’opère qui modifie notre façon d’appréhender le monde…

Les réseaux sociaux ont les moyens de nous manipuler et de donner à d’autres les moyens de le faire. Selon les intervenants de ce documentaire ce sont les démocraties qui ont le plus à perdre, les régimes où le peuple décide car le peuple peut être manipulé.

Les technologies sont une menace pour notre existence mais une menace insidieuse, indirecte. Car elles sont capables de mettre à jour le pire de la société humaine en créant un chaos massif, des incivilités, un manque que confiance mutuelle, de la solitude, du populisme, de la distraction pour nous éloigner des vrais problèmes. La société est incapable de se soigner toute seule. En attendant, ils terraforment le monde à leur image : ils manipulent les jeunes, la vie et le discours politique.

Selon Jaron Lanier, pionnier de la réalité virtuelle, nous sommes en train de détruire notre civilisation par pure ignorance. On passe à côté des objectifs pour sauver la planète. Les démocraties se transforment en régimes autocratiques, et les individus en trous du cul, l’économie mondiale se dégrade.

Le plus grand problème c’est que pour la majorité des gens, il n’y a pas de problème. Les individus utilisent les réseaux sociaux sans se poser de question, sans remettre en cause le modèle que pour certains ils ont toujours connu. Parce qu’en ce domaine comme en tout autre, ne pas se poser de question est bien plus confortable que de s’interroger.

Ce documentaire a été réalisé et diffusé avant l’invention du coronavirus et les confinements qui ont suivi. C’est-à-dire avant le rush mondial et total sur les réseaux sociaux devenus, selon un grand nombre de gens, les seuls moyens de communiquer et garder le contact avec les autres. L’influence des écrans a été démultipliée et le lien social s’est encore plus virtualisé. Nous sommes d’autant plus dépendants des écrans qu’ils sont devenus quasi incontournables pour échanger. Comme ils sont devenus le moyen de faire les courses. Nous n’avons plus besoin de sortir pour voir des gens ou consommer : tout se fait depuis la maison, sans aucun contact humain.

Pauvre monde…

One Comment on “Derrière nos écrans de fumée

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